jeudi 24 décembre 2009

Congratulations















une petite merveille d'humour, par Sempé

lundi 14 décembre 2009

le sens du détail...

Voici une petite réflexion après mon voyage en Chine.


J'ai fait travailler des clarinettistes chinois, notamment au Central Conservatory et au China Conservatory, les deux grandes écoles supérieures de Pékin.

Je me suis essayé à parler quelques mots de chinois: des phrases de politesse, pour le plaisir, et quelques mots utiles, par exemple pour demander de rejouer, de soutenir, etc.


Une des difficultés de la langue chinoise, c'est la maîtrise des 4 tons.
Les 4 tons sont des variations subtiles de l'intonation: le 1er ton est droit et égal, le 2ème est montant, le 3ème est descendant puis remontant et le 4ème est descendant.

Longue Galerie (728 mètres)-Palais d'été

Le même mot, par exemple "tchi", selon le "ton" signifiera "sept" --> , "chevaucher" -->, "lever" --> ou "énergie" -->.

Pour demander à l'élève de "soutenir", il suffit de dire "tchi" 4ème ton (qui veut dire à la fois énergie et souffle).
Mal prononcé, on frôle le malentendu, voire l'incompréhension!



La musique aussi est un langage.
Au-delà des notes et du rythme, il y a aussi de subtils détails qui influencent le discours musical.

Dans cet extrait de la 2ème pièce pour clarinette seule de Stravinsky (Chester Music), voici quelques subtilités à considérer:
- certaines "petites notes" sont "hors" de la liaison tandis que d'autres y sont "incluses".
Faire ou ne pas faire entendre la différence modifie sensiblement le discours musical.
- Stravinsky a pris soin de noter la place des respirations ( et a demandé expressément de s'y tenir).
Faire ce qui est indiqué, c'est respecter la pensée du compositeur et rendre compréhensible la construction et la ponctuation des phrases.
- le "fa" qui précède la respiration a une valeur rythmique précise.
Jouer par négligence la note plus longue (comme je l'entends souvent faire) change la musique.
- il y a un "fa" est avec un point, et un "sol" avec un chevron.
Faire cette différence enrichit votre exécution.

Voici un autre exemple, extrait des "Domaines" de Pierre Boulez (Universal Edition):

Au-delà du choix des nuances (qui constitue une des parts variables de la pièce), ce fragment est une véritable étude sur les modes d'attaque: chevron sous liaison, point, point sous liaison, point sous trait, trait sous liaison, liaison.

A partir du XXème siècle, la notation devient particulièrement précise.
Voici un extrait de la "Première rhapsodie" de Debussy (Peters)

Je vous invite à étudier ces quelques lignes, à l'affût de tous les (nombreux) détails, notamment nuances et articulations. Dans ces quelques mesures, il y a de quoi faire!
Puis votre objectif sera, par la qualité de votre jeu, de "donner à entendre" exactement tout ce qui est écrit.
Et vous verrez comme le raffinement du détail induira le raffinement musical!

Quand quelquefois vous vous sentez démunis musicalement, le simple fait de jouer tous les détails d'une partition est déjà source d'une grande richesse!
Et c'est aussi le meilleur moyen pour ne pas trahir la pensée du compositeur!

On dit souvent que le diable se niche dans les détails...

Regardez bien attentivement cette photo (que j'ai prise sur le portail ouest de Notre-Dame-de-Paris) et qui représente Adam et Ève.
Adam, c'est le barbu. Ève, en bas à droite, croque la pomme, sous le regard d'un bel ange...
Et là, le détail à ne pas manquer...



...c'est la main de l'ange posée sur une branche du pommier... et voilà comment l'ange devient démon!

Et oui, le diable se niche toujours dans les détails!

mercredi 9 décembre 2009

le mec à la clarinette, c'est pas un manchot!

Voici une scène d'anthologie extraite du film: "Préparez vos mouchoirs" de Bertrand Blier (1977)






On reconnait, à la clarinette, la sonorité de Jacques Lancelot ( le clarinettiste 'Gervase de Brumer' étant sûrement le fils caché de Gervase de Peyer et de Jack Brymer!)

dimanche 6 décembre 2009

"pour la pratique et le profit des jeunes musiciens désireux de s'instruire...


...et pour la jouissance de ceux qui sont déjà rompus à cet art"

C'est ainsi que J S Bach à sous-titré son Clavier bien tempéré, et c'est avec cette vocation pédagogique que j'ai conçu ces études.

Dans le volume 1, vous trouverez une transcription de la partita pour flûte BWV 1013, ainsi que des adaptations libres de pièces pour clavier (Suite française, Clavier bien tempéré) et de pièces pour luth.

Le volume 2 est consacré aux Sonates et partitas pour violon seul. Les études ont été adaptées d'après le manuscrit original, avec toutefois, des suggestions d'articulations ou de nuances.


Voici un extrait du manuscrit de la courante de la partita n°1:


(C'est la n°19 du volume 2. Elle a été transcrite en ré mineur. Pour la jouer dans le ton original, il conviendra donc de prendre la clarinette en la).

Et voici le double:


Ce double est une variation de la courante dont il est issu; pour vous en rendre compte, demandez l'aide d'un complice, et amusez-vous à jouer les deux simultanément!

NB: on a beau lire et relire les épreuves avant impression, il y a quand même des fautes qui passent au travers des mailles du filet...voici donc quelques corrections:
Volume 2:
-étude n°6: mesure 20, la bécarre
-étude n°19: mesure 65, si bécarre
-étude n°22: mesure 32, dernière note: jouer un ré (suraigu)

samedi 5 décembre 2009

Baci di Roma

Aujourd'hui, je ne résiste pas au plaisir de vous parler du récital que j'ai donné à Rome le 01 décembre.

fontaine de trévi

Ce concert revêtait un caractère exceptionnel pour au moins 2 raisons:
- il s'est tenu dans un lieu magnifique, le salon Hercule du Palais Farnèse (18 mètres sous plafond!...):


- au programme, il y avait notamment la création mondiale de la Sonatina lapidaria op. 108 n°2 de Nicolas Bacri.



Le Palazzo Farnese, piazza Farnese à Rome, est un des plus beaux palais romains, et aussi l'Ambassade de France en Italie.

Sa construction a débuté en 1515 à l'initiative du cardinal Alexandre Farnèse, futur pape Paul III.

Voici une des plus belles pièces du palais, le magnifique salon des Carrache (du nom des frères peintres):



J'ai fait ce concert avec la pianiste Eliane Reyes. Nous sommes tous deux les dédicataires de la Sonatina lapidaria.

Cette sonatine fait partie de DEUX SONATINES OPPOSEES op. 108 (Alphonse Leduc, Paris) pour clarinette et piano, regroupant sous le même opus la sonatina lirica et la sonatina lapidaria.
La sonatina lirica a été créée et enregistrée en 2008 ( Fuga Libera) par les dédicataires (Ronald Van Spaendonck et Eliane Reyes)

le Panthéon

Voici ce que dit Nicolas Bacri :
"Mes deux sonatines opposées sont, comme leur nom l’indique, des compositions aux climats musicaux extrêmement différenciés. A la Sonatina lirica, d’une douceur, d’un lyrisme, d’un classicisme qui me surprennent encore moi-même, j’ai voulu opposer une Sonatina lapidaria qui représente l’autre extrême de ma palette stylistique, dramatique, pleine d’amertume, de détresse intérieure et…d’audible modernité (...)"



"Ecrite un an plus tard, la Sonatina lapidaria se veut, à l’opposé de la première, une œuvre sans concession et en comparaison avec la Sonatina lirica fait l’effet d’une gifle. En un seul mouvement d’une durée de trois minutes et demi elle est classiquement construite avec une introduction lente, un premier thème rapide et contrapuntique suivi d’un second, lyrique et harmonique. Le développement et la réexposition comportent de nombreux passages fugués qui semblent parodier mon style sérieux… Il ne saurait en être autrement lorsqu’on prend le risque d’entamer un dialogue contradictoire avec soi-même."


Ciao!